En bref : oui, la saisonnalité existe — un effet est détecté dans 203 des 228 communes que nous suivons, d’une amplitude médiane de 7,1 % entre le mois le plus cher et le mois le moins cher de l’année. Mais non, il n’existe pas de « bon mois » universel : le mois le plus cher change d’une ville à l’autre, et le champion national, août, ne l’est que dans 13 à 17 % des communes. Le seul signal vraiment robuste est ailleurs : c’est en août que l’on met le moins de biens en vente.
« Mettez votre bien en vente au printemps. » Le conseil circule dans tous les guides, se répète d’une agence à l’autre, et n’est presque jamais accompagné d’un chiffre. Nous avons donc regardé ce que disent les données publiques, commune par commune, sur les 228 villes que nous suivons.
Le résultat est plus intéressant que le lieu commun : il y a bien une saison du marché immobilier, mais elle ne se joue pas là où on la cherche, et surtout elle ne dit presque rien d’utile à un vendeur pris individuellement.
Ce que l’on mesure exactement
Deux séries différentes sont utilisées ici, et il faut les distinguer avant tout raisonnement.
Le calendrier des mises en vente est approché par la date des diagnostics de performance énergétique (DPE). Le DPE est obligatoire pour publier une annonce : sa date indique donc, à quelques semaines près, le moment où un propriétaire prépare la vente de son logement. La source est la base des DPE de l’ADEME.
Le calendrier des prix vient du croisement de ces diagnostics avec les ventes réellement enregistrées chez les notaires (base DVF+ du Cerema). Pour chaque commune, on dispose du prix médian au m² observé mois par mois, séparément pour les maisons et les appartements.
Une précaution s’impose d’emblée, et elle vaut pour tout ce qui suit : ces séries mesurent ce qui s’est vendu, pas ce qu’un même bien aurait valu un autre mois. Un mois « plus cher » peut simplement être un mois où se sont vendus des biens plus grands, mieux situés ou plus récents. C’est une limite structurelle, pas un détail.
Le calendrier des mises en vente : un creux net en août
Voici la part de chaque mois dans les diagnostics réalisés avant vente, moyennée sur nos 228 communes — chaque commune pesant le même poids, pour que les grandes agglomérations ne décident pas seules du calendrier.
| Mois | Part des diagnostics de l’année |
|---|---|
| janvier | 7,7 % |
| février | 7,9 % |
| mars | 9,1 % |
| avril | 8,3 % |
| mai | 7,9 % |
| juin | 9,1 % |
| juillet | 7,7 % |
| août | 6,4 % |
| septembre | 8,8 % |
| octobre | 9,3 % |
| novembre | 8,9 % |
| décembre | 9,0 % |
Le signal est net : août est le mois le plus creux, octobre le plus dense, et l’écart entre les deux dépasse 45 % en volume relatif. Autrement dit, il arrive nettement moins de biens neufs sur le marché en août qu’à l’automne.
Deux précautions, cependant. D’abord, ce qui est daté ici, c’est le diagnostic, pas la mise en ligne de l’annonce : une partie du creux d’août tient tout simplement aux congés des diagnostiqueurs. La formulation juste est « c’est en août qu’on fait réaliser le moins de diagnostics avant vente », pas « c’est en août qu’on vend le moins ». Ensuite, si le creux d’août se retrouve dans la quasi-totalité des régions, le pic, lui, se déplace : selon la région, il tombe en mars, juin, septembre, octobre, novembre ou décembre. C’est un signal bruité, sur lequel il ne faut rien construire.
Le prix a-t-il une saison ?
Oui, mesurablement. Un effet saisonnier sur les prix est détecté dans 203 de nos 228 communes, avec une amplitude médiane de 7,1 % entre le mois le plus cher et le mois le moins cher de l’année.
7,1 %, ce n’est pas rien : sur un bien à 250 000 €, cela représente près de 18 000 €. De quoi justifier d’attendre trois mois ? C’est là que l’analyse se retourne.
Le « meilleur mois » n’est pas le même d’une ville à l’autre
Nous avons regardé, pour chaque commune où un effet est détecté, quel mois arrive en tête. Si le conseil « vendez au printemps » avait un fondement, un ou deux mois devraient dominer largement. Ce n’est pas du tout ce qu’on observe.
| Maisons | Appartements | |
|---|---|---|
| Séries communales exploitables | 113 | 112 |
| Mois le plus fréquemment en tête | août | août |
| Part des communes concernées | 13 % | 17 % |
| Mois le plus cher entre juillet et septembre | 39 % | 39 % |
| Mois le moins cher entre janvier et avril | 54 % | 56 % |
Le mois champion — août, et non le printemps — ne l’est que dans une commune sur huit pour les maisons, une sur six pour les appartements. Dans plus de huit communes sur dix, le mois le plus cher est donc un autre mois, et lequel dépend de la ville.
Cette dispersion n’est pas surprenante. Dans une commune moyenne, quelques dizaines de ventes se répartissent sur douze mois : une poignée de belles maisons vendues en février suffit à faire de février le « mois le plus cher » de l’année. Ce que l’on prend pour une saison est souvent le hasard de la composition des ventes.
La seule tendance générale qui tienne : l’hiver est plus faible
Un signal survit malgré tout à cette dispersion, et il est cohérent entre types de biens : les mois les moins chers se concentrent entre janvier et avril — dans 54 % des communes pour les maisons, 56 % pour les appartements — tandis que le haut de série penche vers l’été (39 % des communes ont leur mois le plus cher entre juillet et septembre).
La lecture honnête est donc celle-ci : il existe un léger creux de prix en hiver et en début de printemps, et un léger sommet en été. C’est l’inverse exact du conseil habituel, qui recommande de mettre en vente au printemps — conseil qui, s’il a une logique, tient sans doute davantage au confort des visites et au calendrier scolaire des acheteurs qu’à une prime de prix constatée.
Ce qu’un vendeur devrait en faire : très peu de choses
Mettons les ordres de grandeur côte à côte.
- L’effet saisonnier médian, là où il existe : 7,1 %, non garanti dans votre commune, et dans un sens que vous ne connaîtrez qu’après coup.
- Le délai médian entre le diagnostic et la signature, sur nos 228 communes : 395 jours. Décaler une mise en vente de trois mois, c’est décaler la signature d’autant.
- L’écart entre les 10 % de biens les plus rapides et la médiane : d’un rapport de plus de trois, et il se joue sur le prix affiché et la qualité de l’annonce, pas sur le mois.
Autrement dit : le calendrier est le levier le plus faible dont vous disposez, et le seul dont l’effet ne soit pas sous votre contrôle. Les leviers réels sont détaillés dans prix, délai, présentation : sur quoi un vendeur peut vraiment agir, et le prix d’annonce — de loin le plus déterminant — dans comment estimer le juste prix de son bien.
Le seul cas où le calendrier mérite une vraie réflexion est celui d’une contrainte déjà présente : si vous pouvez déclencher la vente maintenant ou dans huit mois sans coût, et que votre commune montre un effet saisonnier marqué, alors regardez vos données locales. Sinon, le mois où vous êtes prêt est le bon mois.
Et si vous vendez en août ?
C’est probablement le meilleur moment de l’année pour se lancer, mais pas pour la raison qu’on imagine.
En août, il arrive moins de biens neufs sur le marché — 6,4 % des diagnostics annuels contre 9,3 % en octobre. Un bien mis en ligne fin août affronte donc mécaniquement moins de concurrence directe, et arrive juste avant la reprise d’activité des acheteurs à la rentrée. Ce n’est pas une prime de prix : c’est une prime de visibilité.
Deux réserves, tout de même. Une partie des acheteurs est elle aussi en congés, et le creux mesuré tient partiellement aux diagnostiqueurs. L’avantage est réel mais modeste — comme tout ce qui touche au calendrier.
Vérifier sur votre commune
Toutes les données citées ici sont disponibles ville par ville : la saisonnalité des prix, la saisonnalité des mises en vente et le délai de vente figurent sur la page de chaque commune, avec les effectifs qui les sous-tendent. La liste complète est sur la page des communes suivies, et la méthode de calcul du délai sur la page combien de temps faut-il pour vendre.
Les séries brutes sont également publiées en open data sous Licence Ouverte, sur la page données ouvertes, pour qui souhaite refaire les calculs.
Sources : base des DPE de l’ADEME (dpe03existant) et base DVF+ du Cerema, croisées commune par commune. Saisonnalité des mises en vente calculée sur la période 2022-2024 ; aucune statistique n’est publiée en dessous de 5 ventes.
Note de panel (24 août 2026) : cette analyse a été menée sur les 228 communes que le site couvrait alors. Son périmètre a depuis été élargi à 300 communes, avec l’entrée de l’Île-de-France — les chiffres ci-dessus décrivent donc le panel de août 2026, et non le panel actuel. Les analyses ne sont pas recalculées rétroactivement : elles sont datées, et la méthode reste rejouable sur le panel courant avec npm run analyses-blog.