En bref : depuis la loi Alur, les honoraires d’agence sont libres — aucun barème n’est imposé, et le seul chiffrage honnête consiste à lire les barèmes que les professionnels publient. Sur les huit que nous suivons, un bien vendu 300 000 € porte 18 905 € de commission médiane, dans une fourchette de 16 500 € à 21 750 € (5,5 % à 7,2 %). Ces barèmes sont dégressifs : le taux effectif est d’autant plus lourd que le bien est bon marché. Les honoraires restent toujours négociables.
Quand on parle de frais d’agence, tout le monde cite un pourcentage. Mais rares sont les vendeurs qui ont calculé la somme réelle avant de signer un mandat. Le montant inscrit sur les annonces est rarement celui que vous verrez sortir de votre compte au moment de la vente.
Voici les chiffres bruts, sans filtre.
Ce que dit la loi
Depuis la loi Alur (2014), les honoraires d’agence sont libres. Il n’existe pas de barème imposé, et aucune base publique ne recense les taux pratiqués : un « taux moyen du marché » n’est donc jamais qu’une estimation de seconde main.
La donnée existe pourtant, agence par agence. L’arrêté du 10 janvier 2017, modifié le 26 janvier 2022, oblige tout professionnel à publier son barème sur son site internet. Les chiffres de cet article proviennent de huit de ces barèmes, recopiés à l’identique de leur PDF source et datés. Sur ce panel, le taux effectivement supporté va de 5,5 % à 7,2 % sur un bien à 300 000 €, et grimpe à 6,0 % – 8,1 % sur un bien à 200 000 € : ces grilles sont dégressives.
La loi impose en revanche :
- d’afficher les honoraires TTC sur toutes les annonces
- de préciser si les honoraires sont à la charge du vendeur, de l’acquéreur ou partagés
- de mentionner le prix “hors honoraires” (FAI : frais d’agence inclus) séparément
Certaines agences affichent les honoraires « à la charge de l’acquéreur » — dans notre panel, un barème sur huit (Nestenn), les sept autres les mettant à la charge du vendeur. Ce que cette mention veut dire concrètement : c’est vous, le vendeur, qui fixez le prix net vendeur, et l’agence ajoute sa commission par-dessus. L’acheteur paie plus, votre net ne change pas — mais la somme quitte quand même la transaction, et le prix affiché de l’annonce monte d’autant.
Les vrais montants selon le prix du bien
Voici ce que les huit barèmes publiés donnent réellement à trois paliers de prix. Aucun taux n’est supposé : chaque montant sort de la grille du professionnel, appliquée selon ses propres règles.
| Prix de vente | Le moins cher du panel | Médiane | Le plus cher du panel |
|---|---|---|---|
| 200 000 € | 12 000 € (6,0 %) | 14 000 € (7,0 %) | 16 250 € (8,1 %) |
| 300 000 € | 16 500 € (5,5 %) | 18 905 € (6,3 %) | 21 750 € (7,2 %) |
| 450 000 € | 24 750 € (5,5 %) | 26 236 € (5,8 %) | 29 500 € (6,6 %) |
Ces montants s’entendent TTC. Deux choses sautent aux yeux.
L’écart entre le moins cher et le plus cher dépasse 4 000 € sur un bien à 200 000 €, et 5 200 € sur un bien à 300 000 € — pour le même service nominal, et sans que le vendeur ait à négocier quoi que ce soit : il suffit d’avoir lu le bon barème avant de signer.
Le taux effectif s’allège quand le prix monte. La médiane passe de 7,0 % à 200 000 € à 5,8 % à 450 000 €. Proportionnellement, c’est donc sur les biens les moins chers que la commission pèse le plus lourd — l’inverse de l’intuition, et l’inverse de ce que suggère un « taux moyen » unique.
Mandat exclusif vs mandat simple : ce que ça change
Il existe deux grandes formes de mandats.
Le mandat simple vous autorise à confier votre bien à plusieurs agences simultanément et à le vendre vous-même en parallèle. Inconvénient : les agences investissent moins dans la commercialisation (moins de visites virtuelles, photos moins soignées) car elles ne sont pas assurées de toucher la commission.
Le mandat exclusif bloque votre bien pendant une durée fixée dans le contrat — généralement 3 mois, parfois 6. Vous ne pouvez ni le confier à une autre agence, ni le vendre vous-même. En échange, l’agence s’engage (sur le papier) à mettre davantage de moyens.
Ce que les agences ne disent pas : un mandat exclusif de 3 mois se renouvelle automatiquement si vous ne le résiliez pas par lettre recommandée avant l’échéance. Beaucoup de vendeurs restent bloqués 6 voire 9 mois sans l’avoir voulu.
Les frais que vous ne voyez pas au moment de signer
La commission TTC est le coût affiché. Il y a d’autres coûts, moins visibles.
Le coût du temps. Un mandat exclusif qui dure 4 mois sans résultat, c’est un bien qui reste sur le marché, qui “vieillit” dans l’esprit des acheteurs, et qui finit souvent par se vendre moins cher qu’il aurait pu. Le prix psychologique d’un bien vu depuis trop longtemps baisse indépendamment du prix affiché.
Le prix de l’annonce surévaluée. De nombreuses agences acceptent — voire proposent — de signer un mandat à un prix supérieur au marché pour obtenir l’exclusivité. Trois mois plus tard, elles recommandent une “correction de prix”. Le vendeur a perdu du temps, et souvent de l’argent.
La TVA sur honoraires. Les montants affichés par les barèmes sont TTC : l’agence en reverse 20 % à l’État. Sur la commission médiane de 18 905 € à 300 000 €, elle perçoit donc 15 754 € HT et reverse 3 151 € de TVA. Ce détail ne change pas votre décision, mais il est utile pour comprendre qui touche quoi.
Ce que vous payez concrètement pour le “service agence”
En échange de sa commission, une agence réalise en général :
- une estimation (basée sur les mêmes données DVF publiques auxquelles vous avez accès)
- des photos (de qualité variable)
- la rédaction et la diffusion de l’annonce sur les portails
- la gestion des appels et la sélection des acheteurs
- l’accompagnement aux visites
- la rédaction du compromis ou la mise en relation avec un notaire
La plupart de ces étapes peuvent être réalisées par un particulier organisé, avec les bons outils. La sélection des acheteurs et la négociation sont les deux étapes où l’expérience d’un professionnel apporte une valeur réelle — mais elles ne justifient pas nécessairement une commission de 14 000 à 26 000 €, ce que donnent les barèmes publiés entre 200 000 € et 450 000 €.
Peut-on négocier les honoraires d’agence ?
Oui. Les honoraires sont toujours négociables, particulièrement :
- sur les biens à prix élevé (au-delà de 400 000 €), où une réduction de 1 % représente plusieurs milliers d’euros
- en mandat simple, où l’agence n’a pas de garantie d’exclusivité
- sur les marchés actifs, où les biens partent vite et demandent moins de travail de commercialisation
En revanche, une idée reçue tenace mérite d’être confrontée aux barèmes : celle selon laquelle les réseaux de mandataires seraient nettement moins chers que les agences de rue. Sur notre panel, elle ne se vérifie pas. À 300 000 €, les trois réseaux de mandataires demandent 21 000 € (iad France), 19 500 € (SAFTI) et 18 310 € (Efficity) — quand l’agence de franchise la moins chère du panel demande 16 500 €. Trois barèmes ne décrivent pas tout un modèle économique, mais ils suffisent à dire qu’un taux « inférieur à 4 % » ne se lit dans aucune de ces grilles. Le seul moyen de savoir est de demander le barème, qui est public.
La vraie question
Avant de signer un mandat, posez-vous une question simple : si cette agence vend mon bien 300 000 €, est-ce que les 18 905 € de commission médiane correspondent à un service que je ne pourrais pas rendre moi-même avec quelques semaines de préparation ?
Pour beaucoup de propriétaires, la réponse est non. Les données immobilières sont publiques, les portails d’annonces sont accessibles aux particuliers, et les notaires rédigent les compromis de vente indépendamment des agences.
Ce que la vente entre particuliers demande, c’est de la méthode, du temps, et un prix de départ ancré dans les données réelles du marché — pas dans les espoirs.
Pour aller plus loin
- Le calcul sur votre propre bien, avec les huit barèmes publiés et à partir du prix médian réellement enregistré dans votre commune : le simulateur de frais d’agence.
- Le chiffre local, déjà calculé pour chacune des villes que nous suivons : la commission sur le bien type de votre commune figure sur sa page, dans la section « Ce que la commission d’agence représente à … ». Liste complète sur la page des communes suivies.
- La méthode complète, si vous choisissez la vente en direct : vendre sans agence, et la comparaison poste par poste des deux voies : agence ou vente de particulier à particulier.
- Ce que la vente en direct demande concrètement : le dossier de documents à réunir et où publier son annonce.
- Le point de départ de tout le reste, quel que soit le mode de vente : comment estimer le juste prix, à partir des ventes réelles de votre commune.
- Les notions employées : mandat de vente, prix net vendeur, vente de particulier à particulier.
Mise à jour du 24 août 2026 : cet article chiffrait initialement la commission à partir de trois taux plats supposés (4 %, 5,5 %, 7 %), sans source. Tous ses montants proviennent désormais des huit barèmes d’honoraires réellement publiés que nous suivons — Foncia Transaction France, Efficity, Nestenn, Lamy Immobilier, SAFTI, iad France, Orpi (Tournon-sur-Rhône) et Stéphane Plaza Immobilier (Rouffach) —, recopiés de leur PDF source et re-vérifiés le 13 août 2026. Ces huit barèmes ne constituent pas un échantillon représentatif : ils ont été retenus parce qu’ils sont datés, sourçables et intégralement calculables. Deux affirmations de la version d’origine ont été corrigées parce que les barèmes les démentent : le « taux courant de 5,5 % » (la médiane du panel est de 6,3 % sur un bien à 300 000 €) et les mandataires « souvent sous 4 % » (aucun des trois de notre panel n’en approche).