En bref : quand une maison est diagnostiquée deux fois sous la même règle de calcul, la seconde étiquette est meilleure dans 25,7 % des cas et moins bonne dans 6,5 % — un rapport de quatre contre un. Ce déséquilibre ne s’explique pas seulement par des travaux : il est déjà de 3,9 contre 1 lorsque les deux diagnostics sont séparés de moins de trois mois. Et 36 % des maisons classées F ou G au premier passage ne sont plus des passoires thermiques au second.
Le DPE est présenté comme une mesure. Ce n’en est pas une : c’est un calcul, alimenté par ce qu’un professionnel a relevé et documenté lors d’une visite. La base publique de l’ADEME permet de vérifier ce que cela produit concrètement, parce qu’elle contient des logements diagnostiqués plusieurs fois — et qu’elle conserve les deux diagnostics.
Ce que nous avons compté, exactement
Nous sommes partis des 6,55 millions de DPE de notre panel, établis entre juillet 2021 et août 2026 sur 300 communes. Le problème d’un tel exercice est l’identification du logement : une adresse d’immeuble abrite des dizaines d’appartements, et rien dans la base ne distingue le troisième étage gauche du quatrième droite.
Nous avons donc restreint l’analyse aux maisons individuelles, où une adresse désigne un logement et un seul. Puis appliqué quatre filtres :
- l’adresse porte exactement deux DPE, ni un ni trois ;
- les deux DPE déclarent la même surface habitable (à 0,5 m² près) — ce qui écarte les extensions, les divisions et les erreurs de métré ;
- les deux dates sont distinctes ;
- aucun changement de règle de calcul n’est intervenu entre les deux — ce dernier filtre est décisif, et la section suivante explique pourquoi.
Il reste 13 873 maisons, réparties sur les 300 communes du panel, de 89 m² de surface médiane. Le délai médian entre les deux diagnostics est de 38 jours : un quart des paires sont séparées de moins d’une semaine, un quart de plus de cinq mois.
Pour situer ce sous-ensemble : sur 556 233 adresses de maisons distinctes, 473 559 ne portent qu’un seul DPE, 60 986 en portent exactement deux et 21 688 en portent trois ou plus.
Pourquoi il a fallu écarter un quart des paires
Le calcul du DPE a changé deux fois depuis 2021, et chaque fois dans le sens de l’amélioration.
Le 1er juillet 2024, les seuils de classe ont été assouplis pour les logements de moins de 40 m². Le 1er janvier 2026, le coefficient qui convertit l’électricité en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9 — à consommation identique, un logement chauffé à l’électricité obtient une meilleure note, et le ministère estime que 850 000 logements sortent ainsi des classes F et G sans aucun travaux. C’est le sujet d’une note distincte, qui explique comment récupérer gratuitement sa nouvelle étiquette.
Une paire dont les deux diagnostics se trouvent de part et d’autre d’une de ces dates enregistre donc une amélioration qui ne doit rien au diagnostiqueur. Ces paires représentent 28 % de notre échantillon de départ, et elles gonflent nettement le résultat : sur les 19 385 paires que compte la base sans ce filtre, l’amélioration atteint 30,8 % et la sortie de passoire 41,9 %.
Ce sont ces chiffres-là qu’on obtient en comptant sans précaution. Nous publions les autres. Tout ce qui suit porte sur les 13 873 paires à règle constante.
Le résultat : 26 % en mieux, 6,5 % en pire
| Évolution entre le 1er et le 2e DPE | Part des maisons |
|---|---|
| Gain de 2 classes ou plus | 6,1 % |
| Gain d’une classe | 19,6 % |
| Étiquette inchangée | 67,9 % |
| Perte d’une classe | 5,9 % |
| Perte de 2 classes ou plus | 0,6 % |
Sept maisons sur dix obtiennent la même étiquette : le DPE n’est pas un tirage au sort. Mais parmi les trois autres, le déséquilibre est net — 25,7 % d’amélioration contre 6,5 % de dégradation. Parmi les maisons dont l’étiquette s’améliore, la consommation calculée recule de 67 kWh/m²/an en médiane.
Le phénomène n’est ni local ni passager. Sur les 27 communes comptant au moins 100 paires, 25 affichent plus d’améliorations que de dégradations. Et le rapport est stable d’un régime réglementaire à l’autre : 3,85 pour 1 entre juillet 2021 et juin 2024, 3,87 pour 1 entre juillet 2024 et décembre 2025.
Le délai ne renverse pas le sens du changement
L’explication la plus naturelle serait celle des travaux : un propriétaire isole ses combles, change sa chaudière, fait refaire un diagnostic. Elle est certainement vraie pour une partie des cas — et elle se lit dans les données, puisque plus l’écart entre les deux diagnostics est long, plus l’amélioration est probable.
| Délai entre les deux DPE | Paires | Améliorée | Dégradée | Rapport |
|---|---|---|---|---|
| Moins de 3 mois | 8 964 | 21,1 % | 5,4 % | 3,9 : 1 |
| 3 à 6 mois | 2 035 | 25,5 % | 4,7 % | 5,5 : 1 |
| 6 à 12 mois | 1 630 | 36,0 % | 11,6 % | 3,1 : 1 |
| 1 à 2 ans | 1 031 | 45,3 % | 10,6 % | 4,3 : 1 |
| 2 à 4 ans | 213 | 43,2 % | 7,5 % | 5,8 : 1 |
Mais le rapport entre améliorations et dégradations, lui, ne s’installe pas avec le temps. Il vaut déjà 3,9 pour 1 quand les deux diagnostics sont séparés de moins de trois mois — un délai dans lequel un chantier d’isolation ou de changement de chauffage a rarement le temps d’être conçu, financé et achevé. Le volume de travaux augmente avec le délai ; l’asymétrie, elle, est là dès le premier jour.
Les passoires sont le cas le plus spectaculaire
C’est en bas de l’échelle que l’effet est le plus fort. Sur les 3 929 maisons classées F ou G lors de leur premier diagnostic puis re-diagnostiquées à règle constante, 36 % ressortent classées E ou mieux. Là encore, le délai module l’ampleur sans changer le sens : 29,8 % de sorties quand les deux DPE sont séparés de moins de trois mois, 43,5 % entre trois et douze mois, 53,4 % au-delà d’un an.
Le mouvement inverse est marginal : parmi les maisons classées E ou mieux au premier passage, 2,2 % seulement deviennent des passoires au second.
Autrement dit, sur ce sous-ensemble, la frontière F/E est franchie dans un sens seize fois plus souvent que dans l’autre — et cela sans qu’aucune réforme ne soit intervenue entre les deux visites.
Trois explications possibles — et nos données n’en départagent aucune
Il faut être clair sur ce que ce comptage établit et ce qu’il n’établit pas. Nous mesurons le sens du changement, pas sa cause. Trois mécanismes produisent exactement le même signal dans la base, et rien dans les champs publiés ne permet de les séparer.
Les travaux. Réels, documentés, effectués entre les deux visites. C’est l’explication qui monte avec le délai — mais elle explique mal les paires à quelques semaines d’intervalle, qui sont ici les plus nombreuses.
La correction d’une erreur. Un DPE erroné se corrige en en établissant un nouveau. Rien n’impose que la correction aille dans le sens de l’amélioration, mais un propriétaire a des raisons évidentes de contester un mauvais résultat et aucune de contester un bon.
Ce qui a été documenté le jour de la visite. Depuis la réforme de 2021, le DPE est calculé selon une méthode unique fondée sur les caractéristiques physiques du bâti. Quand une caractéristique ne peut pas être établie — l’épaisseur d’un isolant posé il y a quinze ans, l’année d’un double vitrage, le modèle exact d’une chaudière —, la méthode retient une valeur par défaut déduite de la période de construction. Ces valeurs sont prudentes par construction. Un même logement, présenté avec ou sans ses justificatifs, n’entre donc pas les mêmes données dans le calcul.
Ce troisième mécanisme est le seul qui explique une asymétrie constante quel que soit le délai. Il n’est pas démontré par nos chiffres, et nous ne le présentons pas comme tel.
Ce qu’un vendeur peut en tirer
La lecture opportuniste — enchaîner les diagnostics jusqu’à obtenir l’étiquette voulue — est mauvaise, et pas seulement pour des raisons morales. Depuis le 1er juillet 2021, le DPE est opposable : un acquéreur qui constate un écart entre l’étiquette et son logement peut engager la responsabilité du vendeur comme celle du diagnostiqueur. Les deux diagnostics restent par ailleurs visibles dans la base publique de l’ADEME, consultable par n’importe qui, acheteur compris. C’est d’ailleurs ce qui rend cet article possible.
Et si votre motivation est le changement de coefficient de 2026, refaire un DPE serait payer pour un document gratuit : l’attestation de nouvelle étiquette se télécharge sans visite ni frais, comme expliqué dans la note qui lui est consacrée.
La lecture utile est ailleurs : le résultat dépend de ce que vous êtes en mesure de prouver le jour de la visite. Avant de recevoir le diagnostiqueur, réunissez ce qui documente le bâti :
- les factures et dates des travaux d’isolation (combles, murs, plancher bas), avec la nature et l’épaisseur de l’isolant ;
- la date et le type des menuiseries — double vitrage, année de pose, présence de volets ;
- la marque, le modèle et l’année du système de chauffage et du chauffe-eau, ainsi que la documentation d’une pompe à chaleur ou d’un poêle ;
- le type de ventilation et sa date d’installation ;
- pour un bien en copropriété, les procès-verbaux d’assemblée générale actant des travaux sur l’enveloppe ou le chauffage collectif.
Aucun de ces documents ne change votre logement. Ils changent ce que le calcul peut prendre en compte plutôt que supposer. Et si votre étiquette vous paraît manifestement fausse, la voie n’est pas d’aller chercher un second avis au hasard : c’est de revenir vers le diagnostiqueur avec les pièces qui manquaient, ou de faire réaliser un audit énergétique, plus détaillé, qui servira aussi d’argument face à l’acheteur.
Ce que cette note ne dit pas
Elle ne porte que sur des maisons. Les appartements sont exclus faute de pouvoir identifier un logement à l’intérieur d’un immeuble : deux studios de 28 m² au même numéro de rue sont indiscernables dans la base. Rien ne garantit que le phénomène s’y comporte de la même façon — d’autant que la correction des seuils de 2024 vise précisément les petites surfaces, plus fréquentes en appartement.
Elle ne décrit pas le parc. Les maisons diagnostiquées deux fois représentent 11 % des adresses de notre panel. Ce sont, par construction, des logements dont le propriétaire avait une raison de refaire un diagnostic. Le taux d’amélioration mesuré ici n’est pas transposable à l’ensemble des DPE.
Elle ne dit rien du prix. Une étiquette qui remonte n’est pas mécaniquement un prix qui monte. L’écart de prix entre classes énergétiques est traité séparément, et il est beaucoup plus dispersé qu’on ne le raconte : voir pourquoi personne ne peut vous donner LE chiffre de la décote DPE.
Elle ne met en cause aucun professionnel. Un écart entre deux diagnostics n’est pas la preuve d’une faute : il peut refléter des travaux, une pièce justificative apportée la seconde fois, ou deux relevés également sincères d’un bâti difficile à caractériser.
Pour aller plus loin
- Le changement de règle qui améliore les étiquettes sans travaux, et l’attestation gratuite qui le matérialise : votre étiquette DPE a peut-être changé.
- Ce que le professionnel mesure et ce qui se documente, poste par poste : diagnostics immobiliers, ce que vérifie le diagnostiqueur.
- L’écart de prix réellement observé entre classes, et sa dispersion : décote DPE, pourquoi aucun chiffre unique et DPE et prix de vente.
- Si votre bien est classé F ou G, ce que la loi interdit vraiment et les options ouvertes : vendre une passoire thermique. S’il ressort classé E, l’échéance et les contraintes changent : vendre un logement classé E.
- La part de logements F et G et le DPE médian dans votre ville : pages par commune.
- Les notions employées ici : DPE, passoire thermique, audit énergétique, dossier de diagnostics techniques.
Sources et méthode : base DPE de l’ADEME (dpe03existant), diagnostics établis entre le 1er juillet 2021 et le 10 août 2026 sur les 300 communes suivies, soit 6 547 634 DPE. Sont retenues les maisons individuelles dont l’adresse normalisée porte exactement deux DPE déclarant la même surface habitable à 0,5 m² près, à des dates distinctes, et séparées par aucun changement de règle de calcul — les deux bascules écartées étant celle du 1er juillet 2024 (seuils des logements de moins de 40 m²) et celle du 1er janvier 2026 (coefficient d’énergie primaire de l’électricité, 2,3 → 1,9). Il reste 13 873 paires sur 19 385. L’évolution est mesurée sur l’échelle ordinale des classes (A = 1 … G = 7). Les appartements et les immeubles sont exclus, l’adresse normalisée ne permettant pas d’y isoler un logement. Aucune commune n’est publiée séparément : les effectifs par commune sont, pour la plupart, sous notre seuil de k-anonymat.